Accueil People “Célibataire lives matter” la pression sociale sur le mariage (chez les femmes)

“Célibataire lives matter” la pression sociale sur le mariage (chez les femmes)

« L´enfer c´est les autres » disait Sartre. Cette phrase peut aussi prendre tout son sens dans un point de vue sociologique. La culture est un système complexe de valeurs, normes, coutumes, règles, conduites, connaissances générales, traditions, rituels, routines, croyances (religion), mythes…que des groupes ou des sociétés possèdent. Mais à côté de ces valeurs collectives, on a toujours une marge d´individualisme, qui donne à la personne la possibilité d´établir ses priorités dans une communauté. Il est cependant possible que les valeurs définies par la société ne soient pas en congruence avec une quelconque contingence individuelle. L´un des sujets de société les plus discutés aujourd’hui au Sénégal, c´est surement le mariage. S´agit-il d´une pression sociale exercée (surtout chez les femmes) par la société ?
Dans un petit sondage (qui n´est du tout représentatif) fait sur twitter 39% des participants ont répondu á la question « sans cette pression sociale, ça ne t´aurait pas dérangé de te marier un peu plus tard » par « Non » et 39% par « peut-être ». Dès lors que seulement 22% des participants affirment leur souhait de se marier sans ou bien avec une pression sociale, on peut bien alors affirmer une pression sociale sur le mariage.
Cette pression sociale peut donc être conçue comme cette image, cette attente que se donne la société de ses membres, et quiconque s´en éloigne sera tout le temps confronté à des reproches, des critiques etc. Ceci peut facilement s´apercevoir avec ce sondage que l´on vient d´évoquer. La plupart des participants n´ont pas de problèmes à se marier un peu plus tard, mais la société sénégalaise est constituée de telle façon que la valeur de la femme est étroitement liée au mariage : « taaru jigéen séy la » (le mariage, c´est la beauté de la femme). Á la question « as-tu cette impression qu´une personne célibataire est moins considérée qu´une personne mariée » 62% y ont répondu par « Oui j´ai ce sentiment ». Ceci accentue l´idée selon laquelle les normes de la société sénégalaise s´inscrivent dans la lignée du mariage comme une valeur sûre. Mais qu´est-ce qui l´explique concrètement ?
Il faut d´abord noter qu‘au Sénéga, l´Islam y occupe une place importante. Ainsi il a influencé la culture et la vie quotidienne du pays. La religion musulmane intervient non seulement dans toutes les dimensions de la vie du musulman, mais établit aussi des règles et normes à suivre. Dans sa conception de famille, contrairement aux valeurs occidentales, où on observe un pluralisme assumé (concubinage, mariage…), l´Islam prône pour d´autres valeurs (par exemple les relations sexuelles sont permises seulement dans le cadre du mariage). Ceci se traduit dès lors dans la dimension sociétale, car les valeurs prônées définissent toutes les structures d´une société. Selon la parole du Prophète (PSL) d’après Ibn Mass’oud : « Ô vous les jeunes ! Celui d’entre vous qui en a les capacités qu’il se marie car ceci va lui faire baisser le regard et est plus chaste pour le sexe. Et celui qui n’en a pas la capacité alors qu’il jeûne car le jeûne sera pour lui une protection » Rapporté par Boukhari. L´Islam encourage ainsi le fait de se marier tôt.
À cette influence des valeurs religieuses sur les structures de la société s´y ajoute un aspect important qu´est la dimension ‘économique’ du mariage. Ici aussi sous l’influence de la religion, le rôle de chacun des genres a bien été défini. L´une des obligations principales de l´homme est le devoir d´entretien. Il est a noté que la main-d´œuvre féminine est très limitée, notamment à cause de la discrimination qui les exclut de certains secteurs (pèche, lutte…), mais aussi du manque de développement du secteur secondaire et tertiaire, qui auraient pu les intégrer plus facilement dans le milieu du travail. Ainsi le mariage est souvent perçu chez beaucoup de femme comme un changement de statut social, une possibilité de jouer un autre rôle.
La société sénégalaise, par la religion, la culture, et ainsi les structures familiales, veut que la femme joue son rôle d´épouse au sein de la société. Ces valeurs sont parfois tellement exprimées qu´elles peuvent apparaitre discriminatoires. Je donne un exemple : La société aura toujours un jugement critique sur une femme célibataire vivant seule, même si celle-ci gagne sa propre vie et n´est plus à la charge de personne. Il est vrai que beaucoup de femmes subissent cette pression sociale sur le mariage, mais celles qui la subissent encore plus, ce sont les femmes ‘intellectuelles’, indépendantes. Souvent avec de longues études, elles entendent « jàngum jigéen de amul solo » (les études c‘est pas trop important pour une femme), ou bien avec l´obtention d´un diplôme s´en suive l’expression « Yàlla naci jëkkër topp » (on te souhaite d’avoir un bon mari). On pourrait bien se demander le lien entre les deux. Tout le temps la société leur fait comprendre, que c´est pas dans ces rôles, autre qu’être une épouse, qu’elles sont attendues

 

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